L’Eucharistie, célébration du don de Dieu
Nous avons choisi cet extrait du livre La messe au fil de la nouvelle traduction du Missel romain de Jean Philibert, (Médiaspaul, 2025, p.128-130) en raison de son contenu en lien avec l’identité thématique du site internet « Don de Dieu ». Nous le reproduisons intégralement avec quelques modifications de mise en page pour en faciliter la lecture.
Jésus donne un nouveau sens aux sacrifices, en les réorientant complètement. En effet, jusque-là, c’est l’homme qui offrait à Dieu, et Dieu accueillait l’offrande. Mais désormais, l’homme n’est plus à l’initiative du don : c’est Dieu qui donne, qui se donne, et l’homme qui accueille et reçoit.
Le chrétien n’a plus de sacrifice sanglant à offrir à Dieu, si ce n’est celui de Jésus, mais non sanglant, célébré en mémorial. C’est dans ce mouvement qui vient de Dieu que nous pouvons recueillir le fruit de sa mort et de sa résurrection, la communion retrouvée avec Dieu, le pardon définitif de nos péchés, et la promesse de la vie éternelle.
Quand l’Église parle de « sacrifice eucharistique », elle désigne le don, l’offrande du Christ que le peuple des baptisés célèbre en mémorial et en s’associant à son unique sacrifice sur la croix, au don de sa vie pour nous et pour la multitude.
La communion ritualise ce renversement expliqué précédemment. Prenons un exemple : celui qui marche en procession pour communier va se tenir debout, les mains tendues et ouvertes, pour recevoir l’hostie, le Corps du Christ. Il ne la « prend » pas de lui-même mais la reçoit comme un cadeau.
L’homme reçoit. Il n’est plus à l’initiative du don mais Dieu seul donne : Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne[1] (Jn 10, 18). Dieu s’offre lui-même, il se donne sans contrepartie, si ne n’est d’espérer un simple acte de foi « Amen » par lequel le communiant accueille et reconnaît le don de Dieu. Ce don gratuit, la théologie le nomme grâce, c’est-à-dire le cadeau gratuit et immérité que Dieu offre à qui veut le recevoir dans la foi. Jésus nous a révélé que le Père s’offrait gratuitement à tout homme, comme sa création en est un signe : vie, terre, nourriture, nuit et jour, soleil et lune…Mais surtout, le plus grand et le plus beau cadeau de Dieu pour nous, c’est Jésus venu réconcilier l’humanité, la création et nous garder dans l’unité et dans l’amour de son Père et notre Père :
Jn 17, 22-23 : Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaitement un.
Telle est la grande nouveauté : Jésus se donne, sans considération de nos mérites. Il sème largement, inconsidérément, à la folie, sans regarder… comme le semeur qui jette les grains partout dans son champ (Mt 13, 1-9). Il ne fait aucune distinction entre les personnes, pas plus qu’il ne distingue la qualité du terrain ensemencé. Il sème ! Il sème en « tout terrain », il sème sa vie, il sème son amour, sa lumière, sa parole, aussi bien pour les méchants que pour les justes (Mt 5, 45).
Jésus a dit à l’apôtre Philippe (Jn 12, 45) : Qui me voit, voit le Père, ce qui signifie que ce qui est dit de Jésus se dit pareillement de Dieu son Père. Quand on voit Jésus donner, enseigner, semer sa vie, son amour, sa lumière, sa parole, guérir, pardonner, il faut voir son Père, il faut voir celui qu’on nomme Dieu mais qu’on affuble souvent d’oripeaux qui n’ont rien à voir avec ce que Jésus nous a révélé de son Père.
Du côté du croyant, du chrétien, les sacrifices, les renoncements, les efforts… sont ambivalents car ils peuvent vite nous donner bonne conscience, nous amènent à nous croire « quittes » avec Dieu. Mais on oublie alors que ce que je fais pour Dieu n’est qu’une réponse à ce qu’il a d’abord fait pour moi, Il me précède toujours pour aimer, pour m’aimer, pour donner et se donner.
Sans cette juste perception du don toujours premier de Dieu, on peut très vite tomber dans un « commerce » pour le moins ambigu. Plus grave encore lorsqu’autrefois on exaltait la souffrance pour l’offrir à Dieu. On disait qu’il fallait souffrir comme Jésus avait souffert. Mais jamais on ne disait que la souffrance est un « non-sens », toujours inacceptable et qu’il faut combattre.
Ne voit-on pas Jésus la combattre à chaque page d’Évangile ? Il guérit, il soulage, il relève, il pardonne, il rend la vie… Seule la souffrance portée et vécue dans l’amour jusqu’à la fin a du prix aux yeux du Seigneur car on marche sur ses pas.
Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin (Jn 13,1).
Jusqu’à récemment, les traditions, la croyance populaire, les rites liturgiques et paraliturgiques (ex : chemin de Croix, Rosaire, Heures Saintes, etc.) insistaient moins sur le don d’amour du Christ que sur ses terribles souffrances et sa mort ignoble sur la Croix (immolation). On ne doit pas les oublier, évidemment ! Cependant, seul l’amour de Jésus, vécu en communion avec son Père pour sauver l’humanité et la conduire à la vie éternelle, donne une valeur rédemptrice à son sacrifice.
J’aime ces quelques mots inspirés de Dietrich Bonhoeffer[2] (1906-1945), un pasteur luthérien et théologien allemand qui résista au nazisme avant d’être exécuté au camp de concentration de Flossenbürg, en Bavière. Pour lui, Dieu ne nous sauve pas des épreuves mais dans les épreuves que nous traversons :
Dieu ne nous sauve pas de la souffrance,
mais dans la souffrance.
Il ne nous protège pas de la douleur, mais dans la douleur.
Dieu ne sauve pas de la tempête, mais dans la tempête.
Dieu ne sauve pas de la croix, mais dans la croix.
Source de l’image : Aleteia https://fr.aleteia.org/2020/09/04/dans-la-main-ou-dans-la-bouche-comment-communier-en-temps-de-covid/
[1] Adaptation du chant La nuit qu’il fut livré (C 3) qui paraphrase la citation de Jean 10, 15.
[2] Dans Questions vitales de l’Évangile, Ermes Ronchi, Médiaspaul, Paris, 2019, p. 29