Santé et vie spirituelle
Cliquez sur l’article de votre choix
Depuis l’entrée en vigueur en 2015 des dispositions sur l’aide médicale à mourir (AMM) au Québec, son champ application s’est élargi. Étant prévue pour les personnes dont la mort est raisonnablement prévisible, elle s’applique aussi, depuis 2020, à d’autres personnes dont les souffrances ont un caractère persistant, insupportable et inapaisable.
Depuis le 30 octobre 2024, les nouvelles dispositions législatives permettent les demandes anticipées d’AMM pour les personnes touchées par une maladie neurodégénérative cognitive (ex. maladie d’Alzheimer).
Un nouvel élargissement de l’application de l’AMM surviendra en 2027 lorsque des personnes pourront faire une demande en raison seulement d’une maladie mentale. Cette perspective soulève des interrogations et préoccupations sur les modalités d’application dans un tel contexte. Les évêques catholiques du Canada ont d’ailleurs exprimé leurs craintes et recommandations à ce sujet dans quelques textes.
Le nombre de demandes d’AMM a augmenté de façon constante d’année en année au Québec depuis l’adoption de la Loi sur les soins de fin de vie. Il est prévisible qu’en raison de l’élargissement récent et à venir de l’AMM, les demandes augmenteront encore plus rapidement. Puisque le Québec est actuellement au premier rang dans le monde pour la proportion des décès à la suite de ce soin, il est important pour l’État de rechercher les causes de cette situation et d’y remédier si des lacunes sont constatées.
Ces demandes sont suivies au Québec par la Commission sur les soins de fin de vie qui s’assure du respect des critères prévus par les lois. Il est mentionné dans son rapport annuel[1] que « c’est avec rigueur et vigilance que la Commission remplit son mandat de s’assurer que les exigences relatives à l’AMM soient bien appliquées au Québec et que l’AMM ne soit pas un soin choisi à défaut d’avoir accès à d’autres soins curatifs, palliatifs ou de fin de vie ». Il est donc du devoir de l’État de s’assurer d’un accès approprié à ces autres soins.
Un enjeu éthique fondamental se situe au nouveau des valeurs en cause et de la conception de la dignité humaine. Un changement de mentalité majeur s’est opéré dans notre société, comme dans certains pays d’Europe, rendant ce soin plus acceptable pour une majeure partie de citoyens. Une nouvelle conception de la perte de la dignité humaine a émergé en fonction des pertes de capacités (physiques, intellectuelles, équilibre mental) causées par la maladie et la souffrance difficilement supportables par la personne et ses proches. L’AMM vise à assurer une protection de la dignité humaine selon cette conception. Ainsi l’expression « mourir dans la dignité » est devenue courante.
Une personne de foi catholique peut être placée devant un dilemme où une autre conception de la dignité humaine lui est rappelée par les textes officiels de l’Église[2]. Selon ceux-ci, la dignité humaine est reliée à l’essence même de la nature humaine (dignité ontologique). Cette dignité ne peut être altérée par la diminution importante des capacités et la souffrance vécue par la personne en situation de maladie grave. Les positions exprimées et le vocabulaire utilisé dans les textes du magistère condamnent sévèrement tout geste qui devance la mort en ces circonstances. Ce type d’intervention est qualifié dans la lettre Samaritanus bonus de « crime contre la vie humaine », de « meurtre », de « grave péché » etc. À l’opposé, des prêtres théologiens[3] ont adopté une position nuancée d’ouverture, de compassion et de non jugement à l’égard des personnes qui choisissent l’option de l’AMM.
On peut donc s’interroger sur l’approche pastorale à privilégier face aux personnes souffrantes qui envisagent l’AMM. Il va de soi de considérer le recours aux soins palliatifs comme l’Église le préconise. Néanmoins, s’il advient que la personne choisisse l’AMM en liberté de conscience après avoir reçu les informations et l’accompagnement nécessaires, il convient de respecter son choix.
Les textes sur les soins de fin de vie sur les sites internet du Gouvernement du Québec que j’ai lus ne font pas référence spécifiquement à l’apport des intervenants en soins spirituels (ISS) concernant l’accompagnement des personnes qui envisagent l’AMM. Ivan Marcil[4], intervenant en soins spirituels aborde dans un article l’accompagnement spirituel de l’AMM en dégageant quelques caractéristiques d’une spiritualité spécifique à ce soin de fin de vie. Il insiste sur la juste attitude d’empathie et de compassion de l’intervenant en soins spirituels face à l’AMM. La formation et les valeurs professionnelles habilitent ces intervenants à cet accompagnement de façon créatrice, au-delà des questions éthiques.
Victor Bilodeau © 2024
[1] Rapport annuel d’activités 1er avril 2023 au 31 mars 2024, Commission sur les soins de fin de vie, Gouvernement du Québec, 2024 [2] Lettre Samaritanus bonus sur le soin des personnes en phases critiques et terminales de la vie, Site internet du Vatican 25 juin 2020 https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_20200714_samaritanus-bonus_fr.html Déclaration sur la dignité humaine, Une infinie dignité, Dignitas infinita, Dicastère pour la doctrine de la foi, Salvator, 2024, p.87 [3] La mort heureuse, Hans Küng, Seuil, 2015; L’aide médicale à bien mourir, Jean Desclos, Médiaspaul, 2020; Gabriel Ringlet a émis un commentaire favorable au livre de Jean Desclos que l’on peut lire en quatrième de couverture de ce livre. [4] Accompagner l’aide médicale à mourir avec respect et bienveillance, Ivan Marcil, Spiritualité Santé, 1 août 2023
HISTOIRE D’UNE ÂME
Sainte Thérèse de Lisieux
Le hasard d’une visite en librairie, l’atteinte d’un cancer et l’amorce de traitements de chimiothérapie m’ont amené récemment à faire la lecture du livre Histoire d’une âme de Sainte Thérèse de Lisieux (née Thérèse Martin, dont le nom de religieuse carmélite était : Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face). Au moment de faire l’achat du livre, je me suis rappelé qu’elle avait fait, elle aussi, l’expérience de la maladie. Cette lecture a été très bénéfique pour moi et je la recommande fortement à ceux et celles qui traversent cette épreuve ou encore ceux et celles qui sont à la recherche d’une voie de spiritualité.
Dans la première partie du livre (Manuscrit A), l’autrice présente une relecture de sa vie où elle y perçoit l’œuvre de Dieu. J’ai été très touché par son désir d’entrer en relation intime avec Jésus, de l’aimer, de le faire aimer et d’en vivre au quotidien. Thérèse était la dernière d’une famille de cinq filles. Une famille profondément unie par l’Amour, la Foi et une vie chrétienne intense. Elle était une personne très douée intellectuellement et sensible. L’épreuve de la perte de sa mère à quatre ans et demi et le départ de ses deux grandes sœurs pour le Carmel dans les années qui suivirent, ont amené des perturbations à sa santé émotive et physique, une maladie dont elle guérira miraculeusement par l’intervention de sa Mère du ciel : Marie, mère de Jésus. La deuxième partie (Manuscrit B) est la description de sa spiritualité identifiée à la « petite voie d’enfance ». La troisième partie (Manuscrit C) présente les grâces reçues par cette petite voie.
J’ai été très touché par l’esprit d’abandon de Thérèse qui considère que dans notre petitesse, Jésus nous prend dans ses bras pour nous élever. Il n’est pas nécessaire d’accomplir de grandes actions, seulement d’accomplir dans l’amour de Lui et des autres nos responsabilités quotidiennes. Son message est très axé sur la miséricorde de Dieu qui nous aime et pardonne nos errements.
Ces écrits ont été réalisés en grande partie alors qu’elle souffrait de la tuberculose une maladie incurable à l’époque. En dépit de sa souffrance, elle a su donner un témoignage accessible et crédible sur la vie spirituelle. Ses écrits sont grandement inspirés de la Parole de Dieu qu’elle a su méditer. Je suis persuadé que les personnes affectées par la maladie et en recherche spirituelle pourront trouver en elle une grande source d’inspiration dans leur combat et même une accompagnatrice.
Je recommande donc fortement la lecture du livre Histoire d’une âme. L’exemplaire que j’ai lu est dans la collection Spiritualité Lexio, Éditions du Cerf, 2019. Les Éditions de l’Emmanuel viennent aussi de publier une nouvelle édition commentée de cet ouvrage.
Je vous invite aussi à faire la lecture de la biographie de Thérèse de Lisieux dans Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/
Bonne lecture
© Victor Bilodeau, 2022
Prier dans la détresse
Cet article est un condensé d’un article de Aliénor Strentz publié le 19 septembre 2022 sur le site internet Aleteia sous le titre « Comment prier dans la détresse ». Victor Bilodeau, 22 septembre 2022
Chacun a déjà été confronté, au moins une fois dans sa vie, à la « détresse », ce sentiment intense d’abandon, de solitude profonde, face à une situation sans lueur d’espoir apparente. Comment parvenir dès lors à prier, à se relever, et à repousser les tentations de désespoir, voire de rébellion contre Dieu ?
Devant une situation critique et particulièrement douloureuse, l’être humain a tendance, soit à se replier sur lui-même et à désespérer, soit à se tourner sans aucun discernement vers n’importe quelle recette « thérapeutique » à la mode. La détresse, ce sentiment exacerbé d’être abandonné et au fond du trou, peut alors conduire à des dérives et causer beaucoup de dégâts dans la vie de La personne. Dans ces situations, le recours à Dieu, dans la prière, est vivement souhaité. Mais comment faire, lorsqu’on a peu de force, et que le sentiment d’avoir été abandonné de Dieu nous tenaille ?
- CRIER VERS LE CIEL
Sainte Thérèse de Lisieux a donné une définition concise de la prière. Pour elle, il s’agit d’un « élan du cœur », d’un « simple regard jeté vers le Ciel », d’un « cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie ». Se remémorer cela est particulièrement adapté lorsqu’on est dans la détresse, et qu’on a peu de paix et de désir pour entrer en oraison.
La Bible nous rapporte de nombreuses situations de détresse individuelle et collective — celle du peuple hébreu. Entre autres exemples, celle de Job qui, humilié et désespéré, maudit le jour de sa naissance mais ne maudit à aucun moment Dieu en qui il continue d’espérer contre toute espérance (Jb, chapitres 3 et 19).
Sa prière concentre tous les éléments d’un « cri vers le ciel » :
1. La bénédiction de Dieu et de son nom ;
2. La formulation de sa détresse, mais aussi de son espérance ;
3. La demande à Dieu de regarder cette situation et d’agir comme il l’entend.
- REFUSER L’ESPRIT DE DÉCOURAGEMENT ET SE SOUVENIR DES GRÂCES REÇUES DANS LE PASSÉ
Les situations de détresse pouvant durer longtemps, la tentation est grande de cultiver un esprit de complaisance avec son désespoir, et de demeurer dans un état d’accablement permanent et paralysant. Pourtant, selon l’exhortation du père Muaka Lusavu, (Prières de guérison : de la détresse à la joie du Père Hippolyte Muaka Lusavu, Editions Rassemblent à Son Image, 2016) « la meilleure manière de vaincre la détresse est de refuser de demeurer en elle ».
Il faut donc s’engager fermement à éloigner de nous toute pensée de découragement et toute paralysie dans nos actes. Il est souvent nécessaire, durant cette étape, de se faire accompagner sur un plan psychologique par un thérapeute professionnel, mais aussi, sur un plan spirituel, par un accompagnateur qualifié par sa formation, son expérience, son sens de l’éthique (ex. intervenant en soins spirituels en services de santé).
Quelles que soient les difficultés et les tourments que nous traversons, il est possible de regarder en avant, et de bâtir un nouvel avenir. Nous avons besoin pour cela, en étant accompagné, de parvenir à un certain équilibre psychologique et émotionnel.
Nous pouvons aussi nous souvenir avec l’aide de l’Esprit Saint des grâces que nous avons reçues dans le passé. Ce souvenir rempli d’action de grâce nous ancre dans l’espérance, car nous nous rappelons que Dieu veut notre bonheur, qu’il est notre berger en qui nous pouvons avoir confiance.
Le psalmiste le chante à plusieurs reprises, comme dans le Psaume 22, au verset 4:
Même si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure.
Lisons donc souvent à voix haute les psaumes de la confiance (comme le psaume 22, 27 ou encore 54) et soyons sûrs que la confiance en Dieu produit des fruits en nous. À titre d’exemple, Paul et Silas en prison chantaient les merveilles de Dieu (Ac 16, 24-26).
- FAIRE APPEL À LA VIERGE MARIE
Enfin, le chapelet ou le rosaire à la Très Sainte Vierge Marie, ou simplement l’invocation de son Saint Nom, sont des prières puissantes de protection et de libération face au mal et à toute forme de détresse. Elle est une précieuse auxiliaire dans nos « combats spirituels ».
- MÉDITER SUR LA VICTOIRE FINALE DU BIEN CONTRE LE MAL… ET REDÉCOUVRIR LES BÉATITUDES.
La détresse peut conduire à se recroqueviller sur sa tristesse et à oublier le dessin final de Dieu : le triomphe définitif du Royaume du Christ, comme nous le révèle l’Apocalypse. Méditer sur le retour du Christ en gloire et sur la Jérusalem céleste peut diffuser en nous paix et espérance. Nous ne sommes plus centrés sur notre souffrance mais sur la victoire finale du Christ, et sur un lieu où toute douleur disparaîtra, tel que révélé dans le Livre de l’Apocalypse (21, 10-11):
« L’Esprit se saisit de moi et l’ange me transporta au sommet d’une très haute montagne. Il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, envoyée par Dieu, resplendissante de la gloire de Dieu. »
L’objectif est de préserver sa joie et sa paix intérieures.
« Soyez toujours joyeux, priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus ». (1 Th 5, 16-18).
Enfin, il peut être réconfortant de redécouvrir les Béatitudes, et de considérer sa situation actuelle de détresse comme une source de joie spirituelle ultérieure. « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » Mt 5, 4).
- OFFRIR À DIEU NOTRE DÉTRESSE ET S’ENGAGER AU SERVICE DU BIEN
Notre prière peut aussi se faire offrande à Dieu pour le salut des âmes. Offrir à Dieu sa situation de détresse, c’est lui donner une fécondité et donc un sens, aussi salutaire pour soi que pour le prochain. La souffrance est offerte pour la conversion des personnes. Ce don de soi est déjà une victoire contre la détresse car il nous sort d’un sentiment de solitude intense, en nous reliant à nos frères et sœurs en Christ. La détresse peut aussi, au prix d’un engagement et de beaucoup de volonté, se transformer en action bienfaisante à l’égard d’autrui.