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Un court instant de paix

Etty Hillesum est morte dans un camp de la mort durant la deuxième guerre mondiale. Au travers cette situation horrible et angoissante, elle nous partage son expérience de Dieu. Je vous présente quelques extraits de la vie d’Etty Hillesum où elle nous livre quelques éléments de son cheminement vers une quête de paix intérieure. Voici quelques extraits de ce petit livre.

 Ce sont des temps d’effroi, mon Dieu. Cette nuit, pour la première fois, je suis restée éveillée dans le noir, les yeux brûlants, des images de souffrance humaine, défilant sans arrêt devant moi. Je vais te promettre une chose, mon Dieu, une broutille : je me garderai de suspendre au jour présent, comme autant de poids, les angoisses que m’inspire l’avenir ; mais cela demande un certain entraînement. Pour l’instant, à chaque jour suffit sa peine.

Un ami inoubliable m’a appris à temps cette grande leçon de Mathieu, 6,34: Ne vous inquiétez pas de demain, demain s’inquiétera de lui. À chaque jour suffit sa peine. C’est la seule attitude qui vous permette d’affronter la vie d’ici. Aussi est-ce avec une certaine tranquillité d’âme que, chaque soir, je dépose mes nombreux soucis terrestres aux pieds de Dieu. Ce sont bien souvent des soucis d’une grande trivialité, par exemple lorsque je me demande comment arriver à faire la lessive de toute la famille. Les vrais, les grands soucis ont totalement cessé d’en être, ils sont devenus un destin auquel on est désormais soudé.

À sa façon, Etty s’est préparé à ces temps d’effroi. Mais se prépare-t-on jamais au pire? Très tôt, elle avait pressenti que sa résistance serait d’une nature particulière : Lutter, non, pas en politique, ou dans un parti, mais en soi-même. Aujourd’hui, c’est cette résistance existentielle qui l’entraîne à ne pas fuir un sort qu’elle devine probable.

Dans son parlé toujours imagé, Etty usera de cette autre comparaison : il faut éliminer quotidiennement comme des puces, les mille petits soucis que nous inspire les jours à venir et qui ronge nos meilleurs forces créatrice… Je me garderai de suspendre au jour présent , comme autant de poids, les angoisses que m’inspirent l’avenir.

Il suffit d’un événement, d’une parole, d’un coup de fatigue sur lesquels nous nous sommes un peu trop arrêtés pour que notre paix s’envole. Et peu à peu, c’est tout notre espace intérieur, qui est accaparé, par ce qui n’était souvent au départ que détails insignifiants!

Etty en a éprouvé le préjudice. Elle a mesuré combien l’inquiétude est dommageable à la vie spirituelle. Il y a péril en la demeure, avertit-t-elle. Péril en la demeure de Dieu qu’est le coeur de chaque homme! C’est pourquoi elle a cette recommandation : il faut se garder de se laisser contaminer par les mille petites angoisses qui sont autant de motions de défiance vis-à-vis de Dieu.

On doit se défaire même de l’inquiétude qu’on éprouve pour les être aimés.

Ne vous inquiétez pas de demain… À chaque jour, suffit sa peine. Quelques fois, les circonstances, accueillies au jour le jour, opèrent en nous les apaisement dont nous ne nous serions pas crus capables!

Chaque matin, au saut du lit ou le soir au coucher, et pourquoi pas à n’importe quelle heure du jour, Etty m’invite à déposer grandes angoisses et petits soucis aux pieds de Dieu.

Mon Dieu, prenez-moi par la main, je vous suivrai bravement, sans beaucoup de résistance. Je ne me déroberai à aucun des orages qui fondront sur moi dans cette vie, je soutiendrai le choc avec le meilleur de mes forces. Mais donnez-moi de temps à autre, un court instant de paix. Et je n’irai pas croire, dans mon innocence, que la paix qui descendra sur moi est éternelle, j’accepterai l’inquiétude et le combat qui suivront.

Je vous suivrai partout, et je tâcherai de ne pas avoir peur. Où que je sois, j’essaierai d’irradier un peu d’amour, de ce véritable amour du prochain qui est en moi. Je ne veux rien être de spécial. Je veux seulement tenter de devenir celle qui est déjà en moi, mais qui cherche encore son plein épanouissement.

Ma vie s’est muée en un dialogue ininterrompu avec toi, mon dieu, un long dialogue. Mon Dieu, prenez-moi par la main, je vous suivrai, bravement, sans beaucoup de résistance… Je soutiendrai le choc avec le meilleur de mes forces.

Selon un communiqué de la Croix-Rouge, Etty serait morte le 30 novembre 1943 à Auschwitz-Birkeneau.

Merci à Etty et aux deux auteurs pour ces mots qui déposent la paix en mon âme.

Jacques Trottier

© Jacques Trottier, décembre 2025

Photo: Source Wikipédia